Foto: Blaise Guignard

 

Hôtel-Pension Beau-Site
CH - 1927 Chemin ob Martigny VS
tel: +41 27 722 81 64 – info@chemin.ch

Le «Beau-Site»: Voies de traverse à Chemin sur Martigny
De Blaise Guingnard


Depuis un petit quart de siècle, presque à la verticale de la cité
octodurienne, un hôtel historique pas comme les autres sert de gîte
d’étape existentiel. Construit en 1912, c’est à Urs Vuilleumier que
l’Hôtel-Pension Beau-Site doit d’offrir aujourd’hui à ses hôtes un
«temps de silence dans la vie active».
Voici 23 ans, un destin malicieux a conduit Urs Vuilleumier de son
village natal de Herisau (Appenzell) à Chemin-Dessus (VS). Il y a
découvert l’Hôtel Beau-site, alors désaffecté. Et dans cette pension
historique bâtie en 1912, l’ex-militant écologiste a développé sa
véritable vocation: offrir un espace favorable à ceux qui désirent
cheminer dans leur vie intérieure.
«Un temps de silence
dans votre vie active»
Parmi sa clientèle, des intellectuels cherchant l’inspiration, des
séminaires de méditation, des pratiquants d’arts martiaux en stage –
ou simplement des gens en quête d’un «temps de silence dans la vie
active», pour reprendre le joli slogan de l’hôtel. Mais ici, pas de fengshui
branché: c’est la sobriété chaleureuse d’une bâtisse centenaire
qui enveloppe les hôtes.
La décoration (quelques tapis d’orient, des fleurs et au mur, des
œuvres originales laissées par des artistes de passage ) s’harmonise
avec le mobilier, modeste et d’époque. «Cent ans de vie, ça se sent
dans la matière, explique Urs Vuilleumier. Ça diffuse une certaine
qualité de vie que notre société, ouverte seulement sur la vitesse,
l’avenir et l’efficacité, ne cultive plus.» Et pour conserver le caractère
historique des chambres, douches et toilettes sont à l’étage. Ni télé ni
web sans fil: pour se distraire, les hôtes ont à disposition une
bibliothèque, un piano régulièrement accordé – et la nature au seuil de
leur porte.
Et puis, Urs Vuilleumier les régale d’une cuisine bio, basée sur les
produits locaux (lui-même n’a pas de voiture) et végétarienne. Sans
ascèse: son gratin d'épeautre au sésame ou son confit de poivrons au
tofu fumé réjouissent le corps et l’esprit. Tout comme sa carte des
vins – où figurent entre autres les crus de Marie-Thérèse Chappaz,
Gérald Besse ou Jean-Jacques Défayes, à des prix très zen.
Hôtel historique repéré par Patrimoine Suisse, «Beau-Site» ne cultive
aucune nostalgie: avec la collaboration du club d’aïkido Centre Tao de
Lausanne, Urs Vuilleumier a transformé, début 2005, l’ancienne
annexe en un dojo de bonne taille. Et tout l’hôtel, désormais, est
chauffé au solaire et aux pellets de bois. De gros investissements
rendus possibles par le soutien de ses clients, et l’équilibre financier
de l’hôtel. «Je n’ai pas de soucis, sourit le patron. Bien sûr,
économiquement, l’hôtel est un non-sens total.»
«Beau-Site est une île au milieu de la société moderne
Qu’importe. La rentabilité n’est pas le sens qu’Urs Vuilleumier a voulu
donner à sa vie: «Je ne m’inquiète pas de ce qui se passera dans vingt
ans, mais du temps qu’il fera demain. «Beau-Site» est une île au milieu
de la société, où je suis libre, sans contraintes autres que physiques.»

Blaise Guignard
paru dans expresso No. 35 du 30 août 2005
blaise.guignard@gastronews.ch